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[H] La Reine Écartelée

Apocrypha Bosmer

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#1 Erethor

Erethor

Posté 04 janvier 2017 - 17:11

LA REINE ÉCARTELÉE


Toute forêt naquit d'une morte graine du sud.

Huit trameurs m'entourent. Leurs voix sont douces, murmurantes. Ma chair ne peut que se hérisser au son de leur magie, mon échine est parcourue d'un spasme délicieux.

L'enfant des îles a une cime où reposer sa tête, et une couche de bruyères où flotter sans heurts.

Les cordes de soie d'araignée se tendent, et me voilà comme prête à être rouée.

Mes yeux s'ouvrent, et déjà je sens l'amertume des étoiles sous ma langue.

Mes pieds s'infiltrent dans la terre, et et je trouve à discuter avec le Mycélium, celui qui se noie dans le ressac incessant des eaux sans lumière. Il se connecte à mes orteils et je le laisse aspirer mon suc.

Mes mains s'agrippent dans les mousses et les rochers, et la grande orgie commence. Un cerf commence à pourrir sous mon aisselle, et trois tigres-senches accourent pour la curée. Une colonie d'oiseaux pénètre dans ma gorge : ils y déversent leur fiente, et se bâtissent une demeure avec les souvenirs d' êtres changés. Mes entrailles sont en feu, et je hurle vers les lunes qui n'ont que faire de ceux qui ne dansent pas selon leur rythme. Dans une éternuement de spores je m'arc-boute, me déplaçant une vertèbre : quelque part, un éboulement s'est produit. Les fleurs de cendre couvrent désormais mon ventre et mille milliers de fourmis s'écoulent le long de mes bras, à la base de ma nuque, dans le creux de mes reins, dans le repli de mes poumons. La grenouille ignifère et l'aigle se chamaillent sur mes genoux, oubliant que ce n'est pas leur véritable maison. Les Copromers et les Changepeaux Ombreux se battent et tempêtent et copulent partout, jusqu'aux tréfonds de moi. Je pleus sur eux tous et souffle dans leurs branches, je condamne le faible à mort et rassasie le puissant, avant de flétrir son cœur. Ma cage thoracique devient la chambre à échos d'échos d'échos. Mes lèvres sont la tribune de voix étrangères et familières. Je suis la chair faite duramen, m'auto-fécondant et pourchassant mon propre sang. Chaque pore de ma peau libère ma sève, et je nous y noie, oblitérant librement mon propre nom pour le salut de tous. Bien vite, ma couronne se pare de millions d'andouillers en fleurs.

Les Géants d'Antan étaient chair et lait. En mourant ils sont devenus des stèles que nul, semble-t-il, ne peut rayer. Le temps passa, une chair plus grande les enveloppa, et ils devinrent les Flûtes d'Os Sans Trous. Chacune d'elle contribue à un langage pur, immuable-pourtant-flexible.

À travers nous, expérimente le soliste à la voix chorale.

Viens, Esclave, en ton Jardin. Mais d'abord, affranchis-toi de la peur de tes maîtres.

Les Trameurs disent : Il existe six façons d'apporter le changement, et bâtir une île en est une.

Viens Pélerin, en ton Jardin. Mais d'abord, arrache une branche de mon mûrier, et fais-t'en une épée au son triple.

C'est une promesse de YFRRRR, vent éternel parmi les herbes fanées : l'écaille polie du ver sera pour lui comme un nénuphar, tout entouré d'eau à contempler, tant qu'il la tourne sur le côté.

Viens, Voleur, en ton Jardin. Mais d'abord, viens me prendre le cœur et le proclamer tien, tel un félon attendu.

C'est là que tu découvriras l'aspect véritable de la Reine Écartelée, sans artifice bosmeri, suspendue aux chênes grahts. Ses tibias, des pins grinçants, sont des chevalets entre lesquels sont tendus des cuirs tannés couverts de mots marins. Sa face a la texture du bois flotté, et cent nouveaux bourgeons en émergent. Ses yeux de sang noirci ont la tension liquide des étangs tranquilles, sur lesquels dansent les mouches. Ils sont soulignés par deux sillons de sel séché qui s'achèvent en défenses . Son bas-ventre se meut d'une vie propre, tuméfiée et putrescente, dansant et suintant et pondant un flot incessant de rampants et de jeunes pousses de toutes sortes. Son sein droit a un mamelon bruni et usé, son sein gauche est un poignard de chasse. De la sève séchée forme une caricature d'ailes à l'arrière de ses épaules.

Viens, Roi, en ton Jardin.

Tu seras symbiotiquement compénétré, aimé, dévoré, métamorphosé selon le chant des Flûtes.

Ce n'est pas une graine, c'est une maison qui doit encore être tissée.

Garde-la pour l'Être Libre, dont le père saura boire les larmes-mêmes du Soleil. Tous, gardez-la.



Tout restera le même, comme il n'a jamais été. C'est là la Loi des Yffres.
"Écoute et tu verras l'amour dont les bibliothèques ont besoin."





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